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Publié par Marc

Blacksad

Les amateurs de BD connaissent très certainement les albums de Blacksad, écrits par Juan Diaz Canales et dessinés par Juanjo Guarnido, car la série est un phénomène dans le monde - pas petit du tout - de la bande dessinée. Blacksad compte en effet parmi ces albums et séries qui font que la bande dessinée peut revendiquer haut et fort le statut d'art, pas vraiment mineur. Guarnido et Canales, ou Canales et Guarnido, c'est un peu comme Moebius alias Gir, ou comme Bilal et Christin, comme Hugo Pratt ou Tardi, etc. C'est peut-être plus de la "littérature graphique" que de la "bande dessinée". Et là, pas de doute, on est en plus dans le monde du polar.

Blacksad est un privé "classique", un brin désabusé, un brin cynique, qui sait encaisser les coups et les revers, qui a ses réseaux d'indics, et qui n'est pas très apprécié, mais quand même estimé et utilisé, par un policier dont il croise souvent le chemin. Ce qu'il a de moins classique, Blacksad, c'est que c'est un chat. Mais un chat qui ressemble fort à un humain. Les personnages de Blacksad sont en fait des humains, mais avec des têtes d'animaux qui en disent beaucoup sur ce qu'ils sont vraiment. Rien de bien nouveau pourrait-on penser, le procédé est aussi vieux que la bande dessinée, donc plus que centenaire. Soit. Mais ce qui fait de Blacksad un monde à part, c'est l’extraordinaire qualité du dessin, sa virtuosité plus qu'époustouflante.

Sur des scénarii solides, qui convoquent des univers précis et richement référés à la littérature et au cinéma, nous sommes plongés dans des atmosphères et des rythmes qui nous font oublier notre environnement. Nous voilà embarqué pour l'Amérique de l'après guerre et des années cinquante, marquée par le racisme et où les fanatiques du Klan ont pignon sur rue, où l'anti-communisme est une religion et où la racisme le plus brutal est aussi le plus ordinaire. La musique, jazz et blues, est elle aussi omniprésente. A chaque coin de rue, dans chaque arrière salle de bar, on s'attend à voir surgir le fantôme de Philip Marlowe (le privé créé par Chandler qui hante les mémoires cinéphiles avec le masque de Bogart).

Les cinq albums sortis s'enchaînent mais peuvent aussi être découverts indépendamment les uns des autres. Ils sont aussi des variations graphiques où dominent à chaque fois une couleur : le noir, le blanc, le rouge et le bleu pour les quatre premiers et maintenant le jaune pour ce cinquième album qui boucle le cercle des couleurs fondamentales.

Le premier titre de la série, Quelque part entre les ombres, noir, nous emmène dans les coulisses du cinéma et des stars, où les notables et les mafieux cousinent dangereusement. Avec Arctic-Nation, le blanc, ce sont de sombres secrets de famille et le fanatisme blanc ultra-religieux qui mènaient la danse, façon KKK. Blacksad y est rejoint par Weekly, renard et journaliste qui deviendra son second. Les deux suivants nous emmènaient à Legas puis à la Nouvelle Orleans, sur fond de d'immigration, d'anti-communisme et de guerre froide pour Ame rouge, puis dans les milieux de la musique où s'exploitent et s'affrontent imprésarios et musiciens, dans un univers saturé de drogues (et de bleu), avec L'enfer, le silence.

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