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Publié par Marc

La Sauvage

La sauvage
Jenny Fagan

The Panopticon - traduit de l'anglais par Céline Schwaller

Editions Métailié

15 ans. Beaucoup plus de placements, d'institutions ou de familles d’accueil. Anaïs a toujours l'impression d'être l'objet d'une expérience à laquelle elle voudrait échapper. Ils m'observent, je le sais, et je n'arrive plus à trouver d'endroits - où ils ne me voient pas. Suspecte naturelle, si évidente, dans une affaire qui a mis l'agent Craig dans le coma, Anaïs est "confiée" au Panopticon, une institution spécialisée où ceux de "l'expérience" peuvent tout voir, tout le temps, depuis leur tour aveugle.

D'une lucidité délirante, spécialiste de la défonce en tout genre, Anaïs jongle avec le puzzle de sa vie que les malveillants comme les bienveillants veulent gouverner sans rien y comprendre, sans rien respecter. Elle aurait des problèmes d'identité et de comportement, disent certains. Irrécupérable, pensent la plupart.

Problème d'identité. C'est marrant, ça. Une cinquantaine de déménagements, trois noms différents, née dans une maison de fous d'une moins que rien que personne a jamais revue. Problème d'identité? J'ai pas de problème d'identité - j'ai pas d'identité du tout, juste des réactions réflexes et un voile qui disparaît entre ce monde-ci et le suivant. (...) Je fais pas confiance aux travailleurs sociaux et à leurs histoires débiles. Je suis pas très convaincue par la réalité, point barre. Il lui manque quelque chose de fondamental, et apparemment tout le monde s'en fiche. (...) Je me méfie du silence, de la réalité et des travailleurs sociaux. Je me méfie des profs, de la police, des psychologues, des clowns, des pommes, de la viande rouge et des vaches.

Anaïs passe pour une à moitié folle (au moins), genre violente et perpétuellement défoncée. Elle est aussi naturellement "classe" et a des rêves qui valent la peine. Quelques personnes font aussi chemin sur la même route, sans en avoir peur ni la condamner. Angus l'éduc qui comprend au delà des mots et des actes et la protège et l'accompagne autant qu'il peut. Teresa, la mère assassinée. Tash, la mère des jumeaux qui s'en veut à mort de son VIH. Isla, méthodiquement pute, sa presque femme. Shortie. Et puis aussi Malcolm, le chat ailé. Avec ceux là, Anaïs se construit une autre vie pour échapper à tout prix à l'expérience.

Un récit à la première personne qui nous embarque sans rémission dans la course folle d'Anaïs, à la vie à la mort (on peut penser au récit de Benji dans Le bruit et la fureur de Faulkner). Un récit dont on sort sonné et qui peut parfois nous mettre à mal, et pas seulement mal-à-l'aise. La force de cette écriture, c'est qu'elle se fait oublier et nous plonge la tête la première dans le réel, nous touchant bien au-delà des habiletés littéraires. On n'en sort pas indemne. Lisez et vous verrez : il y a avant, il y a pendant, il y a après.

Voir sur le site de l'éditeur

La Sauvage
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