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Publié par Marc

La nuit des femmes qui chantent

Les premières pages de La nuit des femmes qui chantent nous plongent dans le monde irréel d'une émission de télévision, une émission de ce qu'on appelle chez nous les variétés. Paillettes, applaudissements, émotions moitié fabriquées moitié réelles, rencontre inattendue soigneusement préparée, presque scénarisée... Puis la narratrice, elle-même héroïne de la soirée, de façon plus ou moins volontaire mais pleinement consentante, nous emmène des années plus tôt, en 1987. Solange de Matos avait alors 19 ans, était une sage étudiante qui écrivait un peu de poésie et qui s'est trouvée embarquée dans l'aventure d'un groupe montant à l'assaut du succès et de la gloire.

Entraînée dans l'aventure par les sœurs Maria Luisa et Nani Alcides, soprano et mezzo-soprano formées à la discipline de la musique classique Solange va aussi découvrir l'African Lady du groupe, la Mahalia Jackson des quartiers oubliés de Lisbonne, Madalena Micaia. Ces quatre femmes se soumettent bon gré mal gré au pouvoir et à la volonté de celle qu'elles surnomment la "maestrina", Gisela Batista, qui entend mobiliser tous les moyens à sa disposition pour mener le groupe à la réussite et au succès. Son groupe. Celle qu 'on appelle aussi MImi Batista règne sur les membres du groupe qu'elle veut contrôler aussi loin qu'il est possible, jusqu'à imposer le chorégraphe João de Lucena. Mais cela ne sera pas sans conséquence et la volonté de domination de Gisela sur les quatre femmes sera telle, appuyée sur les soumissions, les dérobades, les égoïsmes ou les consentements tacites, que le rêve et le cauchemar finiront pas se confondre en un unique mirage bien réel, trop réel.

Récit de pouvoir et de soumission, de sacrifices consentis ou avec lesquels on ruse, La nuit des femmes qui chantent peut aussi se lire au prisme de l'histoire du Portugal, de ses ambitions et de ses mirages, de ses renoncements et de ses silences.

Marc O.

Lídia Jorge sera présente à la Comédie du livre de Montpellier du 23 au 25 mai 2014.

Lídia Jorge - La Nuit des femmes qui chantent (A noite das mulheres cantoras, 2011) - traduit du portugais par Geneviève Leibrich - Métailié, 2012

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