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Hourra l'oral !

Avis de fort coup de vent sur l’archipel des jargonautes. Michel Arbatz , artisan du beau texte, nous donne à lire un manifeste enjoué et acéré tout entier dévoué à la poésie. A la poésie qui comme l’eau des jours de grande soif nous vient à la bouche. Si, paraît-il toute vérité ne serait pas bonne à dire, il en va bien autrement de ces myriades de poèmes qui attendent une voix. Car la pratique est fort audacieuse, inaugurale, on s’empresse hélas de l’oublier malgré l’école, l’université, trop souvent lieux de la poésie administrée. D’Homère à Hugo, d’Hugo à Rimbaud, de Rimbaud à Germain Nouveau…on se passa le mot. Ainsi l’Iliade en Bateau ivre, d’Amours jaunes filées « jusqu’au bout du monde » (Desnos) en « Voyage en haute Garabagne » (Michaux) la voix porta. Ce n’était là que « politesse de poètes » dira Michel Arbatz. Et si la mémoire est un muscle, la poésie en est le nerf, l’électricité. « En France on aime beaucoup la poésie qu’on ne lit pas. Comme on en lit presque pas, l’amour est immense (Christian Prigent, cité par M.A). Apparemment contradictoire la profusion des parutions de « textes » ! La qualité ici malheureusement semble inversement proportionnelle au degré affiché de confidentialité. Pour apprécier nul besoin de lire et donc volens nolens pas d’inter-dit ! D’autant que chaque belvédère poétique autoproclamé détient jalousement le code de son lexique. Si vous n’en êtes pas, allez clamer ailleurs ! A l’origine de la Brigade d’interventions poétiques, M.Arbatz détient une authentique expérience de ces ailleurs possibles. Très tôt il colportera au sein des classes, devant un public d’élèves un rien goguenards, peu à peu attentifs et acquis, devant des étudiants ébahis, « la bonne chanson ». Là où au premier temps du surréalisme André Breton préconisait (symboliquement s’entend) de prendre un révolver et de tirer dans la foule, la Brigade fera assaut de salves poétiques. Dans les rues, dans le tram, dans les commerces, au moment crucial et vénéré des emplettes, dans un commissariat, sous les quolibets, les sourires et la complicité aussi, les « brigadistes », l’espace d’un instant, enchantent le jour. Et si la vie est quotidienne, pourquoi la poésie ne le serait-elle pas ? Ainsi va la course du militant, du passeur de poésie. Autant d’aventures, de chemins de traverses, dits avec l’humour de celui qui ne prendra pas « la pose poétique », qui vous surprendront sans coups férir à mâchonner bientôt quelques vers oubliés, à vouloir illico les partager.

Christian Boisson

Michel ARBATZ

Hourra l’oral !

Editions Le temps qu’il fait

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