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C’est un récit intime que nous offre Belinda Cannone. A travers le portrait de son père, elle s’interroge – et nous interroge- sur ce que nos parents nous transmettent, et sur ce que nous recevons au-delà du tangible. La figure de ce père, tout en nuance, laisse percevoir un homme discret, en retrait, manquant de confiance en lui-même, inadapté à la vie en société dit-elle, mais très aimant et surtout très sensible. Cet homme a disparu et B. Canonne souhaite sans doute à travers ce texte qu’il ne s’éteigne pas.

Cet homme qui ne s’affirmait sans doute pas comme père, a pourtant fait éclore des vocations artistiques chez ses enfants, « l’air de rien » comme on dit communément. Enfant de l’immigration italienne ayant vécu en en Tunisie, cet homme de nulle part, toujours un peu décalé, n’a jamais pu intégrer les codes de la société, indifférent au succès professionnel comme à l’argent, mais homme attentif, observateur. Un homme solitaire qui n’a pas su préserver son couple, et en a été fortement meurtri. L’auteur met souvent en perspective son père avec Dostoïevski et son Idiot : cet homme fait partie des individus que la société ne peut pas reconnaitre, ayant le sentiment de leur faiblesse et de leur fragilité, et en faisant le fondement de leur existence. Elle partage certainement avec son père le gout de la vérité, lui qui ne savait ni mentir ni dissimuler, y sacrifiant ses relations avec les autres par trop de franchise.

Ce récit est un chemin intime, sans exhibitionnisme, sans ostentation, à la recherche d’un homme sont elle voudrait comprendre qui il était pour identifier ce dont elle a hérité, et finalement qui elle est. La compassion qu’il éprouvait pour les autres n’est pas loin de ce qu’elle exprime pour lui, qu’enfant elle a du protéger de lui-même.

Dresser son portrait est aussi une quête de la vérité (ou du secret, mais c’est la même chose) d’une famille ; les attentes de ses frères et sœurs comme de sa mère vis-à-vis de cet ouvrage en témoignent. Ecrire comme un moyen pour arriver à enfin comprendre qui était ce père singulier, funambule fragile.

Ce récit qui nous interroge sur le « qui sommes nous », comment et avec quel matériau nous nous sommes construits, ouvre une réflexion sur l’écriture et la création. Encore une fois, la littérature nous fait rencontrer l’autre, la différence et la singularité des individus à travers un portait sensible et touchant, dans une démarche honnête et sincère.

N Blanchard

Le don du passeur

Belinda Cannone

Stock 2013

Le don du passeur
Belinda Cannone

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