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« Nana » de Jean Renoir, « L’Atalante » de Vigo, « Quai des brumes »et « Hôtel du nord » de Marcel Carmé, et plus tard ce qui demeure peut-être le plus envoûtant des films de Truffaut, « La chambre verte », ont au moins un point en commun. Ce lien par trop discret, quasi oublié c’est « La musique d’écran » comme le disait modestement Maurice Jaubert. Maurice Jaubert né à l’orée de l’année 1900, était compositeur. Quand Maryline Desbiolles lit son nom au fronton d’un collège de Nice, elle ne le sait pas encore. « Je ne sais pas qui est Maurice Jaubert, son nom me dit pourtant quelque chose. S’il me retient autant, c’est que je le reconnais, mais impossible de savoir où je l’ai connu. » Quelques mois plus tard ce seront les archives de la guerre de 14-18 qui ouvrent la « Chambre verte », qui ravivent l’intérêt de notre auteur pour ce nom, ce musicien qui apparaît alors en chef d’orchestre. Désormais il faut absolument savoir, tout connaître (est-ce possible ?) de ce Maurice Jaubert fils de famille bourgeoise qui écrira des musiques populaires, il faut tout écouter, tout lire l’abondante correspondance, les témoignages, tout ! Le faire sien. On sait l’amour que porte Maryline Desbiolles à Nice et à son arrière-pays, à l’entêtante présence de la mer. Nombre de ses livres sont intimement imprégnés de cette présence qui s’impose comme un personnage essentiel de ses romans. Maurice Jaubert est né à Nice. Nice a vu naître Maurice Jaubert. C’est tout un. Aussi « Le beau temps » n’est-il pas une simple biographie, untel, sa vie, son œuvre…Comme le laisserait quelque peu penser la quatrième de couverture. Certes à la lecture nous apprenons beaucoup de ce musicien, les éléments objectifs qui nous sont donnés sont précis, éclairants, nécessaires pour tout dire. Ils nous incitent à voir ou revoir les films que ses musiques ont accompagnés. Cependant ce que tisse sous nos yeux Maryline Desbiolles, c’est le récit d’une rencontre quasi magnétique. Elle semble rêver son personnage. « Maurice Jaubert a cette générosité, cette naïveté de vouloir relier les gens qu’il aime ». Et c’est là tout le sens du livre qui nous est révélé. Par-delà les époques, au-delà des âges, des aléas de l’Histoire qui va broyer le corps de Maurice Jaubert en 1940, émergent des liens inattendus mais certes pas fortuits, des correspondances et, comme aurait dit Roger Caillois des « cohérences aventureuses ». Ce sont les arabesques de l’écriture de Maryline Desbiolles qui permettent de coudre ensemble des éléments en apparence disparates. Elle apprivoise les dissemblances, concilie l’infime et l’ample traversée d’une vie. Exposition Universelle de 1937, Raoul Dufy peint son célèbre tableau « La fée électricité », Fernand Léger, Robert et Sonia Delaunay sont de la partie. Au théâtre des Champs-Elysées, le 2 mai, Maurice Jaubert se voit confier la direction d’orchestre de « Vive la liberté », spectacle en quinze tableaux. « Jaubert écrit le chœur final où les chœurs parlés font naître peu à peu, en contrepoint les chœurs chantés. Ce pourrait être l’ambition de ce livre » écrit Maryline Desbiolles.

« Le beau temps », une épiphanique sonate offerte à la mémoire d’un homme, à la majesté d’une terre d’élection. Un livre lumineux.

C. Boisson

Le beau temps

Maryline Desbiolles

Fiction et Compagnie - Seuil

 Le beau temps le 25 Novembre au Grain des Mots avec Maryline Desbiolles
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