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On connaît le très célèbre mot de Miguel Torga « L’universel c’est le local moins les murs ». Viatique quelque peu érodé par l’usage, comme essoufflé par l’interminable course aux vanités littéraires. S’il est un livre qui prend la saillie à revers et magistralement, c’est bien « La maison des autres » de Silvio d’Arzo. Récit indissociable de son implantation terrienne (l’Apennin). Un village aux confins du monde immuablement recroquevillé sur la haute tension de ses inquiétudes tel un hérisson en attente du pire. Ici, tout est clos, tout est murs, obscurité, opacité, effacement, noir de suie. Seule la roue des journées de labeur donne aux vies d’ici un semblant de sens. Les sonnailles, les hommes qui rentrent des pâturages et Melide qui coud le linceul du dernier défunt. Melide est au service du curé de la paroisse. Le curé de la paroisse vit sous le sombre regard, un rien inquisiteur de Melide. Et c’est à peu près tout. L’universel au fond ce serait être emmuré par le local. Ce prêtre, qui se décrit comme un Falstaff, exerce son ministère dans le village depuis suffisamment longtemps pour porter sur ses paroissiens un regard à la fois lucide et compatissant. Mais ce dernier terme n’est peut-être pas le plus adéquat. Nulle trace de l’expression d’une quelconque et prévisible bonté, il se sait ni meilleur, ni pire que ses paroissiens, « car désormais j’étais un prêtre de kermesse et rien d’autre, il n’y avait plus aucun doute là-dessus. » Comme eux, il vit claquemuré durant les semaines de pluie, enseveli durant les semaines de neige. La nature, les éléments sont les puissances tutélaires de ce récit souvent associées à la nuit, « la lune surgit à son tour. Non plus ronde comme en Aout, bien sûr, mais plus rusée, plus brillante, et fraîche comme si on l’avait retirée d’un seau… » Ces fréquentes évocations sont portées par une écriture poétique sans emphase. Ecriture qu’on pourrait presque qualifier d’immédiate si ce n’était l’intense travail, travail de repentirs à l’origine du texte limpide qui nous est donné. L’imperturbable mécanique des jours se figera quand notre prêtre apercevra au bord de la rivière une femme qu’il ne reconnaît pas, accompagnée de sa chèvre. Elle lave quelques hardes. Elle se nomme Zelinda, elle est dépositaire d’une redoutable question…

Silvio d’Arzo, c’était un pseudonyme. Mais encore ? On lira avec grand profit la belle préface d’Attilio Bertolucci.

C.Boisson

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Silvio D'Arzo
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