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La narratrice est une trentenaire  algérienne, vivant à Paris et travaillant sans grand  plaisir, mais sans trop de déplaisir non plus. La famille vit à Alger. La famille, c’est sa plus jeune  sœur, le souvenir de son père mort, son seul rayon de soleil,  et sa mère dont les appels téléphoniques, fréquents, brefs et brutaux scandent les pages du roman pour parler exclusivement et dans l’ordre, des fiançailles et du mariage de la plus jeune sœur. 

« C’est ta mère…j’ai une grande nouvelle à t’annoncer…ta petite sœur va se marier ! …Tu as entendu ?…Il ne reste que toi à marier. »

Et c’est ce « reste » qui va nourrir le déroulement du récit de la narratrice.

Sur un mode et sur un ton quasi documentaires le roman traite de l’obsession du mariage dans l’Algérie actuelle et de comment  cette obsession vole sa place à l’envie de se marier, fait obstacle à la joie de la rencontre entre une femme et un homme, programme l’échec de la possibilité-même de la rencontre.

Qui alimente cette obsession ? Les femmes elles-mêmes, les femmes algéroises, les amies d’enfance, les tantes, les femmes mariées présentées comme jalouses des célibataires : « Des femmes mariées, leur couffin à leurs pieds, serrées les unes contre les autres, fusillaient du regard les étudiantes aux épaules dénudées ».

Les hommes sont présentés comme passifs, recherchés par les femmes en tant que maris potentiels : « Nous cherchions un mari comme d’autres cherchent des chaussures,…il devait ne pas avoir de dents en or ni plus de trois sœurs, et enfin ne pas être trop proche de sa mère. »

On cherche en vain la place du désir et de l’amour dans ce roman. Dès la sortie de l’enfance, ils sont contrariés, sacrifiés sur l’autel du conformisme, de la tradition qui radote car elle est, au fond, exténuée. Souffrant avec la narratrice, le lecteur est amené à se demander pourquoi au fond cette tradition se perpétue puisqu’elle rend tout le monde insatisfait, méchant, hargneux. 

L’Algérie, Alger du moins, ne sort ni  grandie ni attirante de ce récit. Les Français, les parisiens du moins, pas plus : « Je passe dix heures par jour au bureau...ça ne sert à rien, mais en France, il faut donner l’impression de travailler énormément et d’être en permanence en retard sur tous les sujets. »

La narratrice tente le grand écart entre ces deux mondes, répercute auprès de ses collègues parisiens, sans parler vrai, l’image d’Alger qu’ils attendent, « blanche » « absolue, comme celle de Camus ». Dans ces conditions, on se doute qu’il n’y a pas de place pour une réelle amitié non plus. Sa seule amie, c’est Clothilde, l’un des rares personnages dont on connaisse le prénom. Et Clothilde vit dans la rue, rue des Martyrs, sans domicile fixe.  Au fond, comme elle.

E B

 

Kaouther ADIMI

 Des pierres dans ma poche 

Editions du Seuil 2016

Des pierres dans ma poche
Kaouther Adimi

Kaouther Adimi

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