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Le roman de Chamoiseau, « La matière de l’absence »  est une vaste réflexion sur l’absence, inspirée par la mort de sa mère, Mam Ninotte . Cette œuvre remarquable mêle réflexions autour de la mort et sur notre monde contemporain également. Son érudition et sa connaissance de l’histoire de la Martinique le font remonter jusqu’aux origines de l’homme pour palper cette absence ou plutôt sa matière, évoquer l‘Afrique ancestrale, la cale des navires négriers où se constitue la Mémoire qui perdurera dans les plantations. Difficile de rendre compte de la richesse de cette œuvre qui ne s’en tient pas qu’aux réflexions sur la mort, évoque les traditions de la culture antillaise souvent inconnues ou mal connues, le sens des rituels millénaires, les mythes ancestraux et ses danses, ses tambours, ses carnavals, les traces amérindiennes dont on apprend la forte empreinte …. De belles pages aussi autour du tambour des « Habitations » et du jazz qui ne manqueront pas de toucher les amateurs de cette musique ; pour ne citer que cet exemple, on apprend pourquoi Miles  Davis  jouait  dos au public. Foisonnement d’idées, servi par une écriture extraordinaire, poétique, créatrice et colorée, d’une richesse  propre aux écrivains antillais, relevée toujours d’une pointe d’humour. La lecture, parfois savante, revient souvent au quotidien, aux souvenirs d’enfance  marqués par la  forte personnalité de « Mam Ninotte », femme énergique, inflexible,  toujours active pour tenir sa famille et veiller au linge « blanc vivant »,  à l’affût des signes et prémonitions, cette mère dont l’absence est bouleversante.

Cet extrait peut suggérer la teneur de cet ouvrage :

« Le bélé, ses chants, ses tambours et ses danses sont une archive de la mémoire du corps. Les survivants à la traversée débarquaient dépouillés de leur existence précédente. Ils repartirent à la conquête de leur humanité à partir de la seule archive qu’il leur restait : la mémoire de leur corps. Les danseurs deviendront les premiers résistants à l’ordre esclavagiste. Celui qui voulait renaître se mit à danser ce que les anciens dispositifs symboliques lui avaient incrusté dans la chair : les gestes devinrent des armes. »

J Boisson

La matière de l'absence

Patrick Chamoiseau

Seuil

La matière de l'absence

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