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Les Amis du Grain des Mots

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Retour aux souches

Le genre de la satire choisie par Olivier Mannoni, traducteur érudit de l’allemand, spécialisé entre autres dans les textes factieux du Troisième Reich, s’avère paradoxalement appropriée pour nommer et saisir nos  réalités politiques culturelles et linguistiques de l’extrême droite française contemporaine.

Définie par le philosophe Alain en 1920 :  « Le propre de la satire est d'attacher les travers, les vices et la sottise à un personnage véritable, ce qui nous réduit au plaisir mélangé de rire des puissants, et en tout cas de rire des autres. ».

Par exemple, le titre Retour aux souches restitue  des significations d’apparences caricaturales : souligner l'immobilité en parlant d'une personne peu active. De plus, il limite de façon grossière, en mots qui se ressemblent (prononciation/phonèmes communs et même structure), l’expression Retour aux sources qui évoque la régénération et la rénovation comme valeurs en politique partisane.

 

Satiriser « les autres » dans Retour aux souches, (à la fois roman et essai selon nous) consiste à observer sans concession le parti français « Grabulement » qui tente de ressourcer ses cadres récalcitrants. Une sorte de retour à la terre (aux souches  des arbres !) proposé aux militants par les deux dirigeants qui se confrontent, Gretchen (sa directrice) et Philoquin, bras droit ambitieux qu’elle avait placé aux commandes le temps que ses soucis judiciaires soient réglés.

 Tel un documentaire-politico fictionnel, (dans le marais poitevin !), un narrateur Gustave, jargonne le globish du manager : turnover, briefer. Il est l’organisateur des ateliers politiques et d’activités agricoles tout en transcrivant les réactions langagières hostiles des stagiaires et des deux meneurs suprêmes, la présidente et le poulain.

Ce même Gustave « milite » pour la francisation, le burnouttepar exemple.

Ou bien quand il propose de discuter par ateliers collectifs sur les fondamentaux des lignes politiques, les stagiaires renâclent à « échanger des idées », contestant une dérive idéologique vers les pratiques communistes ! 

 On peut railler dans cet ouvrage les comportements ridicules des politiques soumis à leurs limites culturelles et stratégiques. Celles de la  « culture générale », (expression datée de nos jours) se définissant par deux composantes la culture agricole très peu connue des leaders politiques ! et  l' «ensemble des connaissances de base dans les domaines intellectuels considérés comme importants par la société  qui précède la spécialisation. ».

 On peut railler aussi le récit extravagant d’O. Mannoni, aux limites de l’invraisemblable ou plutôt du vraisemblable « augmenté » ! Donc caricatural et comique.

À l’issue de l’ouvrage, le lecteur  se rappelle que la satire du politique, celle ici, de « la phalange » du Grabulement met au jour la bêtise, la haine et l’intégrisme attachés à la doctrine et à la tradition, par opposition au progressisme.

Ainsi, l’échantillon des postures langagières des membres du parti recueilli par l’auteur dans le texte récréatif satirique n’est pas si anodin. 

Derrière, se cache une double interpellation rigoureuse : celle de R. Barthes sociolinguiste renommé dans les débats universitaires des années 70 à propos de la langue travaillée par le pouvoir« La langue, comme performance, n’est ni réactionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire ». 

Celle d’O. Mannoni œuvre à saisir la montée linguistique et culturelle de la fascisation par une imposition insidieuse d’un discours dominant qui masque les réalités concrètes vécues des individus eux-mêmes aspirant à un socle individuel et collectif  des attitudes démocrates.

Deux évidences : la première , la distorsion du langage, opérée par Trump, bras armé de sa propagande repose sur une manipulation du vocabulaire et de la grammaire inquiète et empêche les sujets d’être inventifs dans leur langue.

La seconde, les discours des politiques français annonçant des mesures sérieuses utilisent le tour de magie « dire, c’est faire » suffirait à communiquer. (La performativité consiste à réaliser une action par le fait même de son énonciation).

 

La bouffonnerie  de Trump est abyssale !  La posture guerrière du président rappelle un passionné de jeu vidéo.

Sous l’égide du philosophe Alain et actuellement d’O. Mannoni, « On peut bien se moquer d'un bouffon qui ne sait pas faire rire... ».

 

CD

 

RETOUR AUX SOUCHES d'Olivier Mannoni, Editions Héloïse d'Ormesson, 2026

 

 

Retour aux souches
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