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5 Avril 2026
"La religion n'existe pas "
Un tel intitulé peut surprendre. Enième pamphlet incendiaire émanant de quelque virulente officine? Retour idéologique, la religion cet opium du peuple? Lecture aberrante de la loi de 1905 ? Si nous considérons en effet que "la religion n'existe pas" le principe de laicité est alors vidé de toute pertinence. L'ambition du livre de la sociologue Nathalie Heinich a de toutes autres visées. C'est le mot attribué à un ancien ministre d'état chargé des Affaires Culturelles (1959) par ailleurs écrivain essayiste et historien de l'art qui prophétisa que le 20e siècle serait celui de la prédominance du "religieux". Les apparences ont semblé valider le propos d"André Malraux et notre 21e a priori confirmerait cette perspective. Le discours ambiant de notre quotidien est en effet tissé d'emprunts lexicaux au registre religieux. Telle star planétaire de la chanson est aussitot qualifiée de "divine", telle production filmée générant une large audience est désormais "culte", tel objet inondant le marché a grand renfort de "like" est "iconique" . La routine télévisuelle qui fait de certaines émissions une référence obligée aux multiples "adeptes" s'apparente à une "messe". Les domaines de l'art ne sont pas exemptés et Vincent Van Gogh (ou, dans une moindre mesure peut-être , le Caravage) sont comme auréolés des attributs christiques. Il n'est jusqu'à Picasso dont le talent confine au surnaturel, à l''indicible... .. un au-delà de l'entendement ! Nathalie Heinich interroge ces analogies non pas tant pour les dénoncer abruptement mais bien pour nous en démontrer le caractère confus et illusoire . Confus, car ce large corpus référentiel quant au fond n'explicite rien des faits observés , illusoire , car ainsi l'expérience religieuse, originaire, matricielle "la mise en valeur par le religieux" en apprend "beaucoup moins sur le vécu des acteurs observés que sur les attendus des penseurs qui les observent". Tant que nous faisons l'économie de la définition du religieux on ne dit pas grand chose quand on a décrit la production artistique comme "religion"". Que nous apporte par exemple quand nous évoquons les grandes "ferveurs" politiques (communisme, fascisme...) de les recouvrir de l'étiquette "religions séculières" sinon le "confort" d'un raccourci normatif sacralisant sans référent historique réel pourtant indispensable. Sociologue Nathalie Heinich plutôt que de catégories indécises non opératoires afin d' "Ouvrir la boite noire" identifie un corpus de diverses fonctions (fonction cultuelle/ fonction rituelle/ fonction mystique....) sorte de boite à outils conceptuels permettant de parcourir les occurrences de configurations "variant selon les contextes temporels et spaciaux que les acteurs désignent comme "religions" . Les religions n'ont le monopole ni de la spiritualité ni de la transcendance ni des valeurs ni de la morale ni du sens de la ritualisation ni du sens de la communauté...etc..." Il en résulte qu'il est possible de se dispenser des religions sans pour autant manquer ces expériences fondamentales puisqu'elles peuvent être assumées dans d'autres configurations" Et comme le dit Nathalie Heinich " Là s'arrête la compétence du sociologue"
Livre ouvert,un appel d'air, un antidote....
CB
La religion n'existe pas
Nathalie Heinich
Bibliothèque des Sciences Humaines .
Gallimard