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4 Mai 2026
Au début de ce texte, la narratrice parle des petits riens qui émaillent nos vies, sans y laisser de traces . Le grand jamais lui, marquerait vraiment , et définirait le chemin de vie, par le vide, le manque ressenti, ou comme un secret qui distille des indices incompréhensibles et se ramifie lentement au cours des années.
Où se cache réellement la mère de la narratrice, qui mène une enquête quand celle-ci meurt?
Comment a-t-elle vraiment vécu sa vie, cette mère qui n'a jamais fait défaut, toujours là où la narratrice l'attendait ?
Est-ce également parce qu'elle est devenue mère avant le décès de la sienne, que soudain, elle se sent légitimée par cette nouvelle fonction et qu'elle peut questionner l'histoire, le passé, s'attacher à des détails qui racontent cette mère qu'elle croyait si bien connaître ?
L'enquête d'abord reste plutôt dans le cadre intime de cette famille, où les parents ont émigré au début des années soixante-dix . La mère est arrivée la première de Bosnie, jeune poétesse, arrivant à Paris avec un trousseau de clefs pour entrer dans un appartement dont elle ne connaît pas l'adresse .
C'est important dans ce récit, les intérieurs qui exposent ou dissimulent la vie de ses habitants .
La mère au service des grands bourgeois y apprendra l'art de ce qui doit être montré ou caché
On est saisi par la beauté de ces évocations presque picturales où la lumière tamisée des lampes joue un rôle important. Dans cette vie que la narratrice explore, la lumière est parfois jetée crûment sur des épisodes de l'Histoire, que la petite histoire familiale masque ou déguise.
Pourquoi cette mère si douée, s'est-elle effacée, a-t-elle « consenti à sa propre disparition »?
Et quel est-il ce don dans la famille dont elle parle régulièrement à sa fille ?
Tant de personnages semblent doués pour l'art de la fugue, de la disparition, y compris la narratrice qui semble y prendre du plaisir, est-ce là la clé de ce mystère ? Le grand-père sauvé miraculeusement d'un massacre nazi. Sacha le cousin sauvé de la guerre civile, qui joue l'ignare et en sait beaucoup. Thomas l'ami d'enfance qui disparaît, réapparaît ….Comme un revenant ?
De manière imperceptible la quête romanesque autour d'une famille exilée, et surtout d'une mère à la silhouette de plus en plus floue, vire à l’enquête policière et historique . Bien des hypothèses peuvent être faites quand les origines de la mère sont liées à l'ancien bloc de l'Est, et à ce qui l'a précédé.
La narratrice cite le titre d'un de ses livres, qu'elle pense avoir emprunté à un poème de sa mère : Il faut rendre l'obscurité à la nuit .
Est-ce encore là un indice pour avancer dans l'histoire ? Accepter de lire dans le noir et se laisser guider par le don et le son de cette écriture aux accents oniriques, à la fluidité magique que prennent le cours de pensées qui dévalent sans retenue sur le papier .
Car c'est aussi l'art de cette narration, la beauté d'une écriture à petits points, comme une fine broderie qui déploie des fils presque invisibles et fascinants. On cherche alors où s'origine l'ouvrage, où il se termine.
Mais on est indéniablement pris par sa force, et par le talent de sa conteuse, qui comme elle le dit si bien dans sa postface :
« Une goutte de bleu colore tout un verre d'eau, une goutte de
fiction suffit à faire un roman » .
MLMT
Au grand jamais
Jakuta Alikavazovic
Gallimard
Jakuta Alikavazovic sera sur le stand du Grain des Mots pendant la Comédie du livre.