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Publié par Marc Ossorguine

Je dénonce l'humanité

Quel bonheur ! Oui, quel bonheur de pouvoir découvrir (ou redécouvrir) ces nouvelles du hongrois Frigyes Karinthy (1887-1938) ! Si vous ne le connaissez pas, pas encore, vous pourrez découvrir un auteur qui manie avec un exceptionnel bonheur le sens de l’absurde, celui le l’observation et de l’auto-dérision, l’art d’évoquer avec bienveillance et férocité tout nos travers (aussi vrais hier qu’aujourd’hui) en naviguant autant dans le registre du fantastique onirique que dans le réalisme social (qu’il transfigure un peu, tout de même).

A la découverte de ce monde, le lecteur français entendra peut-être résonner d’autres voix, parmi les plus talentueuses et les plus justes quant il s’agit de dire l’humain tout en le poétisant et en pointant ses paradoxes, ses défauts et ses illogismes, de Raymond Devos à Pierre Desproges (auquel se réfère l’éditeur sur un bandeau promotionnel). Mais plutôt que chercher des parentés à l’auteur, des antécédents ou des filiations littéraires, il faut juste savourer ces nouvelles pour leur précision, leur concision et leur qualité d’écriture. Un vrai travail d’orfèvre, sans rien qui pèse ou qui pose, mais avec tout ce qu’il faut pour à chaque fois nous surprendre et élargir la palette sur laquelle jongle l’écrivain. Nous n’avons pas le bonheur de lire le hongrois dans le texte, mais la traduction de Judith et Pierre Karinthy fait merveille pour renouveler notre bonheur de lecteurs page après page.

Le lecteur de cette chronique aura sans doute compris que Frigyes Karinthy maniait l’ironie avec un rare talent, une ironie que n’est pas qu’amusement mais qui est bien l’une des grande source de la connaissance et qui sait affuter notre intelligence du monde et développer l’acuité de notre regard sans jamais renoncer à une indispensable bienveillance. Un sorte de Socrate rieur dont la gravité n’a d’égal que la légèreté et la profondeur (qu’il partage avec son ami et complice Deszo Kostolanyi).

Découvrez les maladresses et paradoxes ou excès qu’entraînent le désir d’être trop sociable, l’humanité d’un bourreau, l’étroitesse de vue d’un entrepreneur égoïste, la naïveté généreuse de ceux que l’on trompe, le renoncement trop soumis aux idéaux de jeunesse, les affres de la psychanalyse naissante, les stratégies promotionnelles, l’inébranlable fois dans le progrès… Des textes centenaires (l’anthologie rassemble des nouvelles écrites entre 1912 et 1934) qui résonnent avec une étonnante et réjouissante vigueur avec notre monde bien déglingué et erratique.

S’il est des “humoriste” qui parviennent à nous arracher un rire en nous laissant un vague sentiment de honte, Frigyes Karinthy est de ceux qui nous grandissent en nous invitant simplement à sourire de notre monde et de nous-même.

Frigyes Karinthy – Je dénonce l’humanité – traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy – Viviane Hamy, 1996 (2014 pour l’édition en poche “bis”)

Pour en découvrir un peu plus :

  • Voyage autour de mon crâne, Viviane Hamy
  • Farémido – le cinquième voyage de Gulliver, Cambourakis
  • Le cirque et autres nouvelles, Ed. Ombres
  • Reportage céleste de notre envoyé spécial au paradis, Cambourakis
  • Au tableau, Cambourakis
  • Danse sur la corde, Cambourakis
  • La ballade des hommes muets, Editions des Syrtes
  • Capillaria ou le pays des femmes, Editions de la Différence
  • Tous sports confondus, Ed. du Sonneur
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