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16 Septembre 2026
Gustavo Faverón Patriau né à Lima en 1966 m’était totalement inconnu mais je n’oublierai jamais cette découverte. Et que ce soit Robert Amutio, le traducteur de Roberto Bolaño, qui l’ait traduit était un signe, celui d’une rencontre littéraire qui a été un véritable choc. Parce que « Les lieux souterrains » (« Vivir abajo » en version originale) est un grand livre, un livre qui me poursuit encore. Un livre monde dont on dirait qu’il a été écrit en apnée. Un livre halluciné et hallucinant.
Gustavo Faverón Patriau nous fait voyager des Etats-Unis au Chili en passant par le Pérou, l’Argentine et le Paraguay et nous immerge dans la violence de ce monde qui est aussi le nôtre. Un univers où fiction et réalité se mêlent. Il le dit clairement à un moment : « C’est dans Nostromo où Conrad invente un pays en Amérique du Sud,un pays qui s’appelle Costaguana, où il y a des Américains, des Italiens et des Costaguaniens, des Américains qui voyagent des Etats-Unis et d’Italie qui sont des pays réels, au Costaguana, qui est un lieu imaginaire comme si, en voyageant vers l’Amérique du Sud, ils pénétraient dans le monde de la fiction ? »
Et c’est cette expérience que fait le lecteur, embarqué dans cette histoire qui est une sorte de puzzle géant où nous croisons de nombreux personnages dont un fils, cinéaste underground nord-américain qui part en Amérique du Sud à la recherche de son père tortionnaire à la solde de la C.I.A. Il est impossible de tout dire, il y aurait tant à dire, mais il faut savoir que l’ombre de J.L. Borges est clairement présente ainsi que celle d’Alejandra Pizarnik, celle d’« Extraction de la pierre de folie ». Folie des hommes, folie de notre monde. Il y est aussi question de cinéma avec entre-autre de très belles pages consacrées à à Werner Herzog et à ses deux films cultes tournés au Pérou, « Aguirre et la colère de Dieu » et " Fitzcarraldo ».
Gustavo Faverón Patriau , né en 1966, a connu la violence dans son pays, celle du Sentier Lumineux, celle d’Alberto Fujimori, mais la violence qui imprègne ce roman est d’une autre nature. C’est une violence ontologique ; c’est pourquoi elle nous affecte tant. Pour terminer je voudrais citer quelques vers de Jaime Saenz, poète bolivien qui dans le livre est devenu un personnage de fiction vivant dans un souterrain. Ce poète a écrit un recueil « la Noche » qui correspond bien à l’atmosphère du livre :
"Qué es la noche ? Uno se pregunta hoy y siempre
La noche una revelación no revelada
Acaso un muerto poderoso y tenaz
Quizá un cuerpo perdido en la propia noche
En realidad una hondura un espacio inimaginable
Una entidad tenebrosa y sutil tal vez parecida al cuerpo que te habita
Y que sin duda oculta muchas claves de la noche. "
« C’est quoi la nuit ? On se le demande maintenant et toujours
La nuit, c’est une révélation non révélée
Peut-être un mort puissant et tenace
Peut-être un corps perdu dans sa propre nuit
En réalité c’est une profondeur, un espace inimaginable
Une entité ténébreuse et subtile peut-être semblable au corps qui t’habite
Et qui sans aucun doute cache de nombreuses clefs de la nuit. »
F.J.
Les lieux souterrains
Gustavo Faverón Patriau
Traduit de l’espagnol par Robert Amutio
Editions Bourgois
« Vivir abajo » 2019 Editorial Candaya