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Les Amis du Grain des Mots

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Les Habitantes

« ...si je m’approprie le monde…que ce soit pour créer des rapports nouveaux entre moi et le monde ».

Cette citation en exergue des Habitantes empruntée aux « Guérillères » de Monique Wittig, nous instruit explicitement des intentions de Pauline Peyrade quand elle entreprend l’écriture des Habitantes.

Emily habite la maison de Moune sa défunte grand-mère. Peut-on dire pour autant qu’elle y vit seule ? Marginale certes, en rupture nette avec les codes sociaux dominants. Pour Emily habiter est imprescriptible. Elle n’est pas la seule en effet, la chienne Loyse la côtoie en toute circonstance. Loyse est une habitante à part entière, le versant originel de l’être au monde animal, tout comme Emily fait corps, au sens plein du mot, avec l’archéologie des lieux, avec la géologie du territoire. Les Habitantes est le récit de la coexistence poético concrète de toutes les manifestations du vivant, les plus intimes, les plus minuscules, les plus organiques soient-elles. Pauline Peyrade nous propose ainsi une manière d’utopie (ici, on pourrait parfois penser au Walden de Thoreau) positive d’autant plus urgente que les voix pressantes des « ayant droit »de la maison se font entendre. Ce sont autant d’incises qui scandent le récit, autant d’intrusions, d’irruptions qui trouent la trame utopique, une violence, la violence du raisonnable. « Une mise aux enchères représente un manque à gagner…il faut qu’on se mette d’accord. » Emily ne peut acquiescer à cet accord-là, sa partition est toute autre, incompatible , irréductible en son incandescence intime. L’herbe, les forêts, les reliefs, les étangs, les vallées, les ruisseaux, les sols, les argiles, les limons, les libellules, les hirondelles, les coquelicots, les pommiers, la nuit sont-ils « raisonnables » ? Loyse est-elle « raisonnable » ? Aude si proche. Aude de la ferme voisine, Aude entend la raison du compromis. « De toute façon, ils vont vendre, autant que ça te rapporte. Déménager ce n’est pas la fin du monde ». La fin du monde… ultime violence !

Roman tout en tension, de la puissance épiphanique de l’être au monde à sa perte irrémédiable, servi par une écriture d’une méticuleuse poésie.

CB

Les Habitantes

Pauline Peyrade

Éd. de Minuit

Les Habitantes
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